ETAT DES RECHERCHES

La preuve par l’ADN concerne-t-elle bien le coeur prélevé par Pelletan ?
Il est permis de se poser la question, malgré les affirmations intéressées du style : “ l’enquête est close “ ou “ toute autre recherche est inutile ”.
Nous allons voir ce qu’il en est.
1) Il y a bien eu manipulation de l'urne

Grâce au fac-simile de la Revue Rétrospective de 1894, nous savons maintenant que l’urne de Pelletan, propriété de M. Dumont, a été ouverte et son contenu modifié :
- les débris du premier vase, brisé en 1830, en ont été retirés ;
- le coeur a été accroché plus bas, alors qu’en 1894 il frôlait le sommet du couvercle ;
- le coeur de 1894 présente des différences de taille et de forme avec celui présenté en avril 2000. Nous y reviendrons.
On sait à présent que celui qui avait ouvert l’urne pour transporter à Venise clandestinement le cœur caché sous sa cravate (pourquoi ce mystère si le cœur était propriété privée ?) était un certain Maurice Pascal, dont le père, ancien notaire, était ami du comte Urbain de Maillé. Maillé avait réceptionné le cœur le 22 juin 1895 chez Pierre-Edouard Dumont pour le compte de Don Carlos, prétendant légitimiste.
Après les refus successifs de tous les membres de la famille royale française, au bout de cent ans, un descendant des Bourbons accepta cet organe si controversé. Pourquoi ??
Quelles qu’en soient les raisons, il est certain que l’urne une fois ouverte, son contenu ne présentait plus aucune garantie d’authenticité, à supposer qu'il en ait présentée antérieurement.
Et le professeur Cassiman ayant déclaré que le cœur analysé appartenait à “ un Habsbourg apparenté à la reine Marie-Antoinette ” , le choix reste ouvert.
2) Une première réunion des deux cœurs est attestée

Nous allons être guidés dans nos recherches par M. Maurice Pascal en personne, qui fit certaines révélations dans un article paru dans le Littoral de la Somme du 16 novembre 1895, cité par M. Delorme lui-même. Il s’agit du cœur du premier Dauphin, Louis, Joseph, Xavier, François, frère aîné de Louis XVII, mort le 4 juin 1789, autopsié le 5 :

Dans la bibliothèque de l’archevêché, le cœur de Louis XVII y rencontra le cœur de son frère aîné; et si tous les deux furent déposés en cette bibliothèque, et non en la chapelle de l’archevêché, c’est qu’ils s’y trouvaient en plus grande sûreté et en plus grande discrétion, en attendant que la décision royale (en 1828) leur assignât à chacun, avec des cérémonies, honneurs et prérogatives qui leur étaient dûs, un lieu de repos distinct, suivant le rang plus ou moins élevé que la destinée leur avait attribué... Au lieu du décret royal, ce fut la révolution de 1830 qui arriva. On se demande si M. Pascal interprétait bien les volontés royales, puisqu’il était question en 1817 de la volonté de Louis XVIII de transférer les cœurs sans aucune pompe particulière.
Depuis, plus de trace du cœur du premier Dauphin : il a disparu et toutes les recherches au Val de Grâce ou à Saint-Denis se sont avérées infructueuses. Sans doute n’a-t-il pas disparu pour tout le monde et M. Pascal avait l’air particulièrement bien renseigné.
3) Différences morphologiques entre les "cœur Pelletan" versions 1894 et 2000

Comparons simplement les rapports des examens effectués, le premier le 19 juin 1895 par le Dr Emile Martellière chez M.Dumont (sans doute à sa demande) et le second le 15 décembre 1999 par le Dr Pfeiffer au laboratoire d’analyses médicales Thierry Coté, 245 rue Lecourbe à Paris .

Le premier constate :

... Ce cœur est à l’état de dessication absolue, par suite de l'évaporation de l'alcool dans lequel il a été plongé pendant de longues années, et qui a assuré sa conservation. Il mesure environ huit centimètres de longueur sur trois centimètres de largeur : le ventricule gauche, dont on suit parfaitement la direction des fibres musculaires, forme un bourrelet de 25 millimètres d’épaisseur, qui constitue la masse principale de l’organe, à laquelle est accolé le ventricule droit, aplati, déformé et de moindre épaisseur. L'aorte, coupée à deux centimètres de son origine, présente une section ovalaire de quinze millimètres sur sept, ses tuniques sont minces, transparentes, parcheminées. A raison de l'exiguîté du volume des ventricules, et de la dimension réduite de l'aorte, j'estime qu'il n'est pas permis d'attribuer ce cœur à un enfant âgé de plus de dix ans..

Le second constate :

D’un point de vue anatomique, l’échantillon ressemble à un cœur humain de petite taille, pouvant correspondre au cœur d’un enfant de 5 à 12 ans. Il mesure 6 x 3 x 2 cm et les tissus sont desséchés, contractés et de consistance pétrifiée ...
La partie pendante de l'aorte fait 2 cm de longueur. Le lumen de ce vaisseau sangin est grand ouvert... En découpant la pointe de l’échantillon à l’aide d’une scie, les ventricules droit et gauche ont été ouverts. La paroi du ventricule droit mesure 1 mm d’épaisseur, alors que celle du ventricule gauche est de 2 mm. Le lumen de chaque ventricule est large et dilaté .
..

Le fac-simile de 1894, reproduit sur la page La preuve de ce site, montre parfaitement la différence entre les deux ventricules. On constate d’ailleurs fort bien sur la photo prise au moment du découpage à la scie et reproduite dans le livre de M. Delorme que les deux ventricules sont en excellent état et que le droit n’est nullement aplati ou écrasé contre le gauche.

CONCLUSION - toute provisoire -

Les différences entre les deux organes représentés en 1894 et en l’an 2000 sont beaucoup trop importantes pour que l’on puisse accepter une identité des deux cœurs. Les recherches génétiques doivent désormais s’appliquer à des matériaux biologiques d'origine incontestable.
Quant aux recherches historiques, elles doivent se poursuivre pour tenter de comprendre le périple du cœur confié aux Bourbons d'Espagne. Car c'est une étape majeure de la nouvelle énigme Louis XVII .
Laure de La Chapelle